En bref :
- Le projet : un parking semi-enterré derrière la mairie, de 100 à 150 places selon les réunions (100 publiques et 50 privées), sans chiffre officiel depuis le vote du plan-guide du 21 septembre 2026. La construction des logements et celle du parking sont liées.
- Un choix rare : nos recherches ont identifié très peu de communes de moins de 3 500 habitants qui en possèdent un, et aucune dans notre communauté de communes. Celles du secteur qui disposent de ce type d’équipement sont plus grandes que Feucherolles, avec des parkings de 33 à 96 places.
- Une emprise importante : selon nos calculs, 150 places occuperaient environ 3 750 m² au sol minimum, ce qui nécessite probablement deux niveaux au lieu d’un seul.
- Un coût de construction élevé : de 3 à 6 millions d’euros HT pour 150 places selon nos estimations (2 à 4 millions pour les seules 100 places publiques) pour un parking semi-enterré et plus s’il y a deux niveaux, avec un risque de dépassement lié à la nature du terrain.
- Des charges permanentes : l’exploitation et l’entretien, hors renouvellement des équipements.
- Des inconnues : aucune étude de sol n’a été réalisée à ce jour, et la municipalité n’a pas communiqué les éléments financiers. Nous ne savons donc ni si le parking est faisable, ni qui le paierait.
Ce que l’on sait à ce stade
Le projet de réaménagement du centre-village prévoit, en l’état actuel des informations disponibles, la création d’un parking semi-enterré derrière la mairie. Sa capacité annoncée a varié : une centaine de places lors de la réunion du 30 juin 2026, puis environ 150 (100 places publiques et 50 places privées pour les immeubles prévus en fond de parcelle), et plus aucun chiffre lors du vote du plan-guide, le 21 septembre dernier.
Il a été indiqué lors de la réunion du 4 septembre que les logements et le parking semi-enterré ne pouvaient fonctionner l’un sans l’autre.
On sait également qu’il existe un dénivelé de 3 à 4 mètres entre la mairie et l’actuelle Halle, ce qui, d’après le cabinet d’urbanisme du projet, rendrait la zone propice à un parking semi-enterré sur un ou deux niveaux.
Le terrain présente néanmoins des particularités. Le site est celui d’une ancienne sablière, et un phénomène de ruissellement en provenance du coteau a été évoqué dès 2023, à la suite des premières consultations (page du projet sur le site de la mairie). Or aucune étude de sol n’a été réalisée à ce jour : elle vient seulement d’être lancée, à la suite du conseil municipal du 21 septembre. Quant aux éléments financiers, ils existent, mais la municipalité n’a pas souhaité les communiquer aux habitants pour le moment.
Nous avons déjà montré, dans notre article « Rien n’est acté, mais que reste-t-il à décider ? », qu’un parking de 100 places publiques ne créerait que peu, voire pas, de stationnement supplémentaire : il compenserait surtout les places en surface qui disparaîtraient au profit des logements et du parking lui-même.
Un parking semi-enterré peut sembler, à première vue, à la fois pratique et esthétique, puisqu’il soustrait les voitures à la vue dans l’espace public. Mais quelles sont toutes les dimensions d’un tel projet ? C’est ce que nous avons cherché à savoir, et il s’avère qu’il n’a rien d’anodin : ses conséquences techniques et financières sont bien réelles. Nous allons les passer en revue.
Un parking enterré ou semi-enterré, est-ce courant dans une commune comme la nôtre ?
La réponse : rarement. Nos recherches ont identifié très peu de communes françaises de moins de 3 500 habitants dotées d’un parking enterré ou semi-enterré.
Les cas que nous avons trouvés se rangent généralement dans trois catégories :
- les communes de montagne, où la géographie est contraignante et où l’afflux de vacanciers est très marqué à certaines périodes de l’année ;
- les communes touristiques dotées d’un centre ancien, où l’espace manque pour stationner en surface ;
- les communes équipées d’une gare, qui ont besoin d’un parking relais.
Feucherolles ne relève d’aucune de ces situations.
Et autour de nous ? Nos recherches n’en ont identifié aucun dans les communes de notre communauté de communes. On en trouve quelques-uns aux alentours, surtout dans de grandes villes comme Saint-Germain-en-Laye, Poissy, Versailles ou Le Chesnay-Rocquencourt.
Plus instructif encore, on en trouve aussi dans des communes plus petites que ces villes, mais plus grandes que la nôtre :
- Chambourcy dispose d’un parking public enterré de 80 places sur deux niveaux (place de la mairie) pour près de 6 000 habitants ;
- Bougival, 33 places pour environ 9 000 habitants ;
- Marly-le-Roi, 96 places pour environ 16 000 habitants ;
- à Feucherolles, lors de la dernière réunion publique, il était question de 100 places publiques pour environ 3 100 habitants.
Rapporté à la population, le parking envisagé à Feucherolles offrirait donc de 2 à 9 fois plus de places par habitant que ceux de ces trois communes : une place pour 31 habitants, contre une pour 75 à Chambourcy, une pour 170 à Marly-le-Roi et une pour 270 à Bougival.
Au niveau de la gestion de ces parkings, à Chambourcy, 11 des 80 places sont en zone bleue, gratuites mais limitées à 1 h 30 par jour, et les autres sont payantes. À Bougival, les 33 places sont toutes en zone bleue, limitées à 2 h, 15 places (pour les plus longues durées, il existe un abonnement résidentiel à 70 € par mois). À Marly-le-Roi, le parking souterrain de 96 places est gratuit, la zone bleue étant activée les jours de marché pour faciliter l’accès aux commerces.
Dans les trois cas, le stationnement est donc gratuit pour les courtes durées ou fortement encadré : ces ouvrages sont conçus pour la rotation des véhicules près des commerces plutôt que pour produire des recettes.
Un parking semi-enterré de 150 places tiendrait-il derrière la mairie ?
Pour y répondre, l’un des membres de l’association, Patrick, a fait le calcul à partir du plan local d’urbanisme (PLU) en vigueur dans la zone UV, où se situerait le parking. Le PLU impose à chaque emplacement des dimensions minimales : 5 mètres de longueur, 2,50 mètres de largeur et 5 mètres de dégagement devant la place.
La démonstration. Prenons 150 places réparties en trois rangées de 50, séparées par deux allées de circulation :
- longueur : 50 places × 2,50 m = 125 m, plus deux zones de retournement de 5 m, soit 135 m ;
- largeur : 3 rangées × 5 m + 2 allées × 5 m = 25 m ;
- surface de base : 135 m × 25 m = 3 375 m².
Pour visualiser cette emprise, voici ce que représente une surface de 3 400 m² (les 3 375 m² arrondis, hors équipements annexes) sur le plan cadastral du centre-village. Ce carré ne représente pas le plan réel du parking, dont la forme et l’emplacement dépendront du projet.
Légende : surface de 3 400 m² représentée à titre indicatif sur le cadastre, soit l’emprise au sol minimum d’un parking de 150 places hors annexes. Position du carré indicative.
À cela s’ajoutent les équipements annexes, dont voici une estimation : rampe double d’entrée et de sortie (environ 220 m²), ascenseur et sa gaine (6 m²), escalier (20 m²), local technique (15 m²), poteaux, murs et gaines (110 m²). Le total atteint alors 3 746 m².
Au final, selon nos calculs, 150 places occuperaient au minimum environ 3 750 m² au sol, annexes comprises. Sur un seul niveau, cela paraît difficile à loger sans creuser sous les habitations existantes et futures, d’où l’hypothèse d’un second niveau. Dans ce cas, l’ouvrage change de nature : le niveau inférieur serait entièrement enterré, avec les contraintes techniques et financières que cela suppose.
Combien coûte la construction d’un parking enterré ou semi-enterré ?
Les ordres de grandeur sont assez bien établis pour un parking totalement enterré, moins pour un parking semi-enterré. Certains sites indiquent d’ailleurs qu’un parking semi-enterré représente un compromis entre le parking en surface et le parking souterrain.
Les repères nationaux. Selon une présentation du réseau national des aménageurs (ministère du Logement, 2019), une place de parking en surface coûte entre 2 000 et 5 000 € HT, contre 20 000 à 40 000 € HT pour un parking souterrain, hors foncier. La place souterraine coûte donc en moyenne environ dix fois plus cher. Ces chiffres datent de 2019, et les coûts de construction ont augmenté depuis.
Un cas comparable : Fuveau. Pour le semi-enterré, nous avons trouvé un exemple documenté à Fuveau (Bouches-du-Rhône, environ 10 000 habitants). En 2019, la commune projetait un parking semi-enterré d’environ 100 places à la place d’un parking de surface existant, soit un gain net d’environ 50 places pour le centre-ville. Le coût prévu était de 2,8 millions d’euros (28 000 € par place). Après les études, il est monté à 4 millions (40 000 € par place), soit 43 % de plus. Le projet a été abandonné au profit d’un parking de surface de 62 places (La Provence, « Fuveau : marche arrière forcée pour le parking enterré », 5 avril 2019).
Un autre cas avec un parking entièrement enterré à Cahors. Pour un ouvrage souterrain, l’exemple du parking de 450 places de l’Amphithéâtre à Cahors (Lot) construit en 2009 est éclairant. Selon les chiffres cités en conseil municipal à partir du rapport de la Chambre régionale des comptes, son coût final a été évalué à 23 millions d’euros, soit 50 880 € par place. Plus d’un an après son ouverture en 2010, le taux de remplissage oscillait entre 17 et 20 %, pour un déficit annuel de 500 000 à 600 000 € : à ce rythme, le maire estimait l’amortissement de l’ouvrage à 72 ans. La Chambre régionale des comptes relevait surtout qu’aucune étude préalable n’avait été menée pour s’assurer de son équilibre financier, et désignait ce parking comme l’une des principales sources de l’endettement de la ville. Ces chiffres datent de 2010 : les coûts de construction ont augmenté depuis (La Dépêche du Midi, « Cahors : le parking souterrain creuse la dette », 9 décembre 2010).
Pour Feucherolles. Appliquées aux 150 places évoquées, ces fourchettes donneraient un coût de construction de l’ordre de 3 à 6 millions d’euros HT, hors foncier (et, pour les seules 100 places publiques, de 2 à 4 millions) pour un parking semi-enterré et on pourrait même monter jusqu’à plus de 7 millions (dont plus de 5 millions pour la partie publique) pour un parking souterrain. Le dénivelé de 3 à 4 mètres pourrait faire baisser le coût. À l’inverse, la nature du terrain (ancienne sablière) et un coteau connu pour son ruissellement pourraient le faire monter, comme à Fuveau, où ce sont les résultats des études qui ont fait grimper la facture.
Et localement ? Plusieurs projets récents de la commune et de l’intercommunalité ont vu leur enveloppe augmenter entre l’estimation initiale et la réalisation (source : délibérations du conseil municipal et de l’intercommunalité) :
- Secteur Briqueterie / parking du collège : estimé entre 276 000 et 400 000 € en 2022, réévalué à 835 000 €, puis finalement consolidé à 1 078 000 € ;
- Nouveaux vestiaires de football : l’étude géotechnique obligatoire a imposé des fondations spéciales sur micropieux, ce qui a fait monter la facture de 60 000 € pour atteindre un budget total de 635 000 € ;
- Belvédère du coteau de la sablière : il a fallu l’ancrer sur des pieux vissés pour garantir sa stabilité.
Le coût d’un parking enterré ou semi-enterré ne s’arrête d’ailleurs pas à la livraison du chantier. C’est un équipement technique qu’il faut exploiter, contrôler et entretenir. Parmi les principaux postes récurrents, on peut citer la ventilation, le désenfumage, l’éclairage, l’évacuation des eaux (pompes de relevage), l’étanchéité et le traitement des infiltrations, la sécurité incendie, l’entretien des accès (contrôle d’accès, vidéosurveillance), le nettoyage, le marquage au sol et la signalisation, ainsi que le renouvellement des équipements techniques en fin de vie, après quelques décennies.
Et pendant les travaux ?
Un tel parking se construit d’abord en creusant. Prenons l’emprise estimée plus haut, 3 750 m², et une excavation moyenne de 4 mètres : cela représente 15 000 m³ de terres. Une fois extraites, elles foisonnent, c’est-à-dire qu’elles occupent plus de volume ; avec une hypothèse de 25 %, environ 18 750 m³ de déblais sont à évacuer.
En camions de 15 m³, cela fait 1 250 rotations, soit 2 500 passages de poids lourds en comptant les entrées et les sorties. À raison de 600 m³ évacués par jour (40 camions quotidiens), il faudrait environ 31 jours ouvrés, soit six à sept semaines de rotations, pour la seule évacuation des terres.
Il faudra ensuite acheminer le béton, le ferraillage et les équipements techniques. Pour les riverains et les commerces du centre-village, ce serait de longues semaines de bruit, de poussière et de camions, et le chantier complet durerait bien davantage. Ces chiffres reposent sur des hypothèses que l’étude de sol et un projet précis permettraient d’affiner.
Au total, selon nos estimations, l’ensemble du chantier (terrassement, parking sur deux niveaux, puis construction de logements) ne pourrait guère durer beaucoup moins de deux ans (dans le meilleur des cas), pendant lesquels le centre-village derrière la mairie actuelle serait en travaux et la majorité du stationnement du centre-village inaccessible.
Qui paierait ce parking ?
Comment un tel parking serait-il financé ? La municipalité n’ayant communiqué aucun élément financier aux habitants, nous ne savons pas quel mode de financement est envisagé. Nous avons donc exploré les solutions existantes pour ce type de projet. Car un parking ne se finance pas tout seul : quelqu’un paie, que ce soit le contribuable, l’usager ou l’acquéreur d’un logement.
Première piste : la commune, et donc les habitants. La commune peut financer l’ouvrage sur ses fonds propres, ce qui paraît peu probable au vu des montants estimés, ou par l’emprunt, dont le remboursement pèserait sur son budget pendant des années. Elle pourrait aussi augmenter les impôts locaux, notamment la taxe foncière. Des subventions de la Région, du Département ou de l’intercommunalité sont probablement mobilisables.
Deuxième piste : l’usager. Le parking peut être géré par la commune ou confié à un gestionnaire privé. S’il est gratuit, la commune (et par extension les habitants) supporte seule le coût d’exploitation. S’il est payant, c’est l’usager qui contribue. Certains parkings accordent 15 minutes, 30 minutes ou une heure de gratuité pour faire ses courses, mais les stationnements plus longs sont payants, ce qui peut toucher en priorité les riverains.
Troisième piste : le financement par l’opération immobilière. Le parking serait financé par la construction des logements, donc par un promoteur chargé du projet, ce qui paraît probable puisque les deux sont liés. À ce stade, l’équilibre nous semble difficile à atteindre : selon nos estimations, les seules 50 places privées représenteraient 1 à 2 millions d’euros, soit 33 000 à 67 000 € par logement (sur la base des 30 logements annoncés lors des réunions du 30 juin et du 4 septembre), auxquels s’ajouteraient 2 à 4 millions pour les 100 places publiques.
Plusieurs issues sont alors possibles : le promoteur revend le parking public à la commune (plusieurs millions d’euros) ; la commune lui cède le terrain à un prix très inférieur à sa valeur ; les coûts sont répercutés sur le prix des logements, qui dépasseraient alors ceux du marché ; ou le projet est modifié en cours de route, par exemple par une demande de modification du permis de construire (davantage de logements, ou seulement les places privées, sans parking public).
En conclusion, quelle que soit la solution retenue, quelqu’un paiera. Tant que le plan de financement n’est pas communiqué, les habitants ne peuvent pas savoir si c’est eux qui en paieront les conséquences.
Conclusion
Un parking semi-enterré n’est pas seulement pratique et esthétique : c’est un investissement lourd de conséquences. C’est un ouvrage dont la faisabilité technique n’est, à ce stade, pas démontrée (ancienne sablière, ruissellement du coteau, étude de sol à peine lancée), dont le coût pourrait se compter en millions d’euros, et dont l’entretien engagerait la commune pour des décennies.
Ces questions concernent donc tous les habitants, bien au-delà du seul stationnement.
Ce que nous allons faire. Nous suivons ce dossier de très près. Nous demanderons à la mairie la communication des différentes études qui viennent d’être lancées : l’étude de sol, l’étude financière, etc. ainsi que l’estimation des coûts d’exploitation du futur parking.
Une décision de cette ampleur ne peut se prendre à la légère. Les habitants ont le droit de connaître les données sur lesquelles elle s’appuie avant qu’elle ne soit définitive.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Donnez votre avis sur le projet Cœur de village en répondant à notre sondage/pétition